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dimanche, juillet 3, 2022

«Un arbitre n’a pas besoin de l’utilisation d’un micro pour faire preuve d’autorité»

L’ancien arbitre en charge désormais du secteur professionnel à la Direction technique de l’arbitrage a dressé un bilan du début de saison en évoquant à la fois la VAR, l’éventuelle utilisation des micros…

Laurent, quel bilan faites-vous du début de saison sur le plan de l’arbitrage et de la VAR ?
Laurent Duhamel : On estime que les résultats sont plutôt satisfaisants. Évidemment, comme dans toute activité professionnelle humaine, il y a des choses à améliorer. Mais globalement nous sommes satisfaits des résultats sur le terrain, et en termes d’assistance vidéo. Il y a eu quelques situations de jeu qui ont amené des polémiques, avec des appréciations et des interprétations différentes. Nous avons bien conscience qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à accomplir, mais j’ai la conviction que nous sommes sur la bonne voie avec des arbitres qui prennent des décisions de plus en plus uniformes.

Pourtant, la VAR continue d’être critiquée, voire remise en cause…
Oui, parce que certains oublient qu’elle n’est apparue qu’il y a trois ans. Or, pour chaque système, il faut du temps, du travail, de la pédagogie pour qu’il devienne de plus en plus performant. Comme on ne sait pas conduire parfaitement au bout de deux ou trois leçons, la VAR nécessite quelques années pour s’améliorer. Nos assistants vidéos, match après match, gagnent en compétence, en expérience.

Les arbitres de haut niveau considèrent la VAR comme un moyen d’aller vers plus d’excellence et d’expertise.

Laurent Duhamel

Au sein des arbitres, y a-t-il en revanche unanimité sur les bienfaits de la VAR ? Est-elle jugée aujourd’hui comme indispensable ?
Il faut que vous soyez intimement convaincus que ce qui prédomine dans un cerveau d’arbitre, c’est cette volonté de préserver la justice et l’équité sportives. Les arbitres ont, aujourd’hui, la chance d’avoir l’aide d’une assistance vidéo qui peut soulager votre conscience après une rencontre en vous ayant permis de corriger une erreur. J’aurais aimé disposer d’une telle aide à l’époque où j’étais sur le terrain. Cela m’aurait permis de m’endormir un peu plus tôt certains soirs au lieu de ressasser un mauvais jugement. Donc les arbitres de haut niveau considèrent la VAR comme un moyen d’aller vers plus d’excellence et d’expertise.

Mais avec la VAR, les arbitres actuels n’ont-ils pas la crainte de perdre de leur autonomie et, d’une certaine façon, de leur autorité ?
Bien sûr que l’activité arbitrale de haut niveau est en train de changer sensiblement. Mais j’aurais tendance à vous dire que les jeunes arbitres qui arrivent aujourd’hui sur la scène nationale et internationale vivent dans ce monde d’images, où il y a moyen de modifier un penalty et un carton rouge. Cela ne leur pose pas de problème. Cela fait partie désormais intrinsèquement du jeu.

Au-delà de la vidéo, il y a aussi la question du son désormais. Êtes-vous pour que les propos des arbitres soient retranscrits ?
Sans faire aucune démagogie, nous sommes tous pour l’utilisation de ce son. Quand je vous dis tous, je pense aux arbitres et aux dirigeants de l’arbitrage français. Maintenant, les choses n’avancent pas toujours aussi vite que nous le voudrions. Pour faire évoluer certaines choses, il faut du temps et des accords des instances supérieures, à savoir l’IFAB et de la Fifa. Dès que ces accords arriveront, la Fédération française et la direction technique de l’arbitrage iront dans le sens de l’histoire car nous n’avons jamais été des gens à souhaiter rester sur des prés carrés. Nous avons toujours été animés de faire évoluer notre football et notre arbitrage. Nous ne traînons pas des pieds du tout. Mais laissons s’il vous plaît le temps aux instances de prendre les bonnes décisions pour utiliser ces sons dans des contextes restreints.

Qu’entendez-vous par «contextes restreints» ?
Cela sera réfléchi, débattu. Il faut déjà savoir si les joueurs eux-mêmes et les dirigeants de clubs y sont aussi favorables. Chaque acteur des rencontres de football doit adhérer. Après, il faut réfléchir du cadre. À la direction de l’arbitrage, nous avons un avis favorable quant à une utilisation globale. Mais il faut faire attention que cette utilisation n’abîme pas, sur certains points, notre football. Il faut trier un petit peu et partir tout schuss sur une utilisation du son lors des rencontres. Tout cela sera à travailler.

Quand bien même un arbitre reviendrait sur son erreur juste après le match, je pense que cela ne ferait que mettre un peu plus d’huile sur le feu.

Laurent Duhamel

Vous-même l’aviez testé le 9 novembre 2002 lors du match Lille-Nantes. Cela avait-il influé sur votre manière d’arbitrer ?
Non, pas spécialement. Je veux d’ailleurs en profiter pour tordre le cou à une idée reçue qui veut que d’utiliser le son sur les terrains va donner plus d’autorité aux arbitres. Pour moi, cette utilisation du son ne changera rien à notre management des joueurs dans les situations conflictuelles. De dire que les arbitres seront davantage respectés et que les joueurs contesteront moins ou ne proféreront pas d’insultes, je m’inscris en faux. Dans 98% des cas, la relation entre joueurs et arbitres se passe bien. Hélas, comme dans tant d’autres domaines, on ne souligne que les rares situations conflictuelles. Mais un arbitre n’a pas besoin de l’utilisation d’un micro pour faire preuve d’autorité. Jamais un arbitre ne se fera insulter sans que le joueur fautif ne soit expulsé.

Avant cette transparence totale, ne devrait-il pas y avoir une étape intermédiaire avec des prises de parole plus fréquentes des arbitres pour reconnaître telle ou telle erreur ?
Ceci est purement et simplement interdit par la Fifa et l’UEFA. Les directives données aux arbitres internationaux sont très claires : pas de commentaires des décisions arbitrales à l’issue des rencontres. En revanche, on pourrait imaginer dans les prochains mois des arbitres ou une direction de l’arbitrage qui aurait à se positionner techniquement sur le travail qui a été accompli durant une rencontre. Mais je me méfie des débriefings à chaud qui pourraient, à mon avis, créer encore plus de frustration. Quand bien même un arbitre reviendrait sur son erreur juste après le match, je pense que cela ne ferait que mettre un peu plus d’huile sur le feu.

Faut-il également revoir l’utilisation de la VAR vis-à-vis des hors-jeu en accordant une tolérance aux attaquants ?
On a chacun notre sensibilité concernant cette gestion des buts hors-jeu ou pas hors-jeu pour quelques centimètres. Malgré tout cette sensibilité individuelle ne peut pas prendre le dessus sur les préconisations des instances internationales et pour que cela soit compréhensible pour chacun d’entre nous, il faut que cela soit abordé de la même manière en France, en Angleterre, au Portugal ou en Italie. Et si je vous réponds à titre personnel, je ne ferai pas avancer le schmilblick et je ne ferai qu’ajouter de la confusion à un sujet franchement épineux et complexe.

Arsène Wenger fait passer l’idée d’une évolution vers un hors-jeu automatisé, avec une machine qui ne se tromperait jamais. Y croyez-vous ?
Il faut se poser sans cesse les mêmes questions philosophiques en se demandant à quel endroit on veut mettre la technologie. Jusqu’où est-on prêt à aller ? Tout doit-il être robotisé ? Ou bien laisse-t-on une part d’appréciation, d’interprétation qui fait aussi la beauté de notre discipline, qui fait que nous pouvons en parler pendant des heures de manière passionnée ?

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