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samedi, juillet 2, 2022

Origines commerciales, Sir Alex Ferguson, dérives…L’histoire de la rivalité entre Manchester United et Liverpool

Manchester United et Liverpool entretiennent une haine viscérale de l’autre depuis plus d’un siècle. Le Derby d’Angleterre cristallise les passions en mettant aux prises, deux villes ennemies.

«Le lien entre nous et Liverpool, c’est la rivalité. C’est la raison pour laquelle les matches qui nous opposent sont les plus fantastiques à disputer». Les paroles pleines de vécu de Sir Alex Ferguson illustrent à la perfection une joute historique ce sport. Une rivalité symbolisée par une haine ancestrale qui dépasse, à bien des niveaux, le cadre pur et simple du football. Manchester Liverpool, le «Derby d’Angleterre», théâtre à ciel ouvert d’un affrontement fraternel entre deux villes séparées d’une cinquantaine de kilomètres, est le match le plus visionné au monde. Une rivalité exacerbée qui a traversé les âges entre deux villes, deux peuples, deux clubs, que tout semble opposer, excepté la passion démesurée pour le football.

Une rivalité à tous les niveaux

La proximité géographique des deux villes, situées dans le nord de l’Angleterre a favorisé l’émergence d’un rejet viscéral de l’adversaire. Une opposition de style à bien des égards, qui puise ses origines dans un conflit économique et commercial. En 1894, la ville de Manchester décide de se détourner du port de leur voisin, place centrale pour Liverpool. Réputée par son importante industrie cotonnière, Manchester régulièrement appelée «Cottonopolis» au XIXe siècle prend son indépendance économique, grâce à l’ouverture d’un nouveau canal, le Manchester Ship Canal, pour transporter pléthore de marchandises dont le coton. Un choix guidé par la volonté de s’affranchir des taxes portuaires exigées par Liverpool et ainsi inverser le rapport de force entre les deux villes. Un moment charnière de leur rivalité qui a traversé les générations.

«Depuis cette époque, les Mancuniens sont animés d’un sentiment de supériorité à l’égard des Scousers. Cela n’a sans doute aucun fondement mais c’est notre manière d’être et de nous percevoir», déclare Gerard Shamash, représentant du Manchester United Supporters Trust.

Un épisode douloureux pour Liverpool, qui met en lumière, une volonté perpétuelle des deux anciennes agglomérations du Lancashire, d’affirmer une certaine suprématie au sein du territoire. Cette tendance n’échappe pas à la culture. Liverpool est symbolisé par les Beatles, Manchester par Oasis ou les Bee Gees. Une opposition qui va doucement, mais sûrement, arriver dans le football au début des années 1960. Pour leur premier affrontement sur le rectangle vert en 1895, Liverpool colle une raclée retentissante 7-1 à Manchester United. En 1964, Liverpool devient champion d’Angleterre sous la houlette du mythique entraîneur, Bill Shankly.

Attaquant de Manchester United, Phil Chisnall va rallier le tenant du titre et provoquer la stupeur parmi les fans invétérés des Red Devils. Couplée à cela, cette année est caractérisée par l’émergence grandissante des hooligans dans les stades et accentue cet excès de violence autour du départ controversé de Chisnall. Un fait marquant qui aura des retombées sur l’histoire de la rivalité, puisque c’est le dernier transfert direct entre les deux clubs ennemis. Par la suite, plusieurs joueurs évolueront dans les deux équipes, mais passeront par un club intermédiaire, à l’instar de Michael Owen et Paul Ince.

Un événement majeur dans la construction du plus grand derby d’Angleterre. Jusqu’en 1986, Liverpool s’impose comme le meilleur club du pays, avec 16 titres de champion glanés. Leurs homologues mancuniens comptent 7 championnats au compteur et affichent un retard conséquent. L’arrivée de Sir Alex Ferguson en 1986 va propulser Manchester, le West Derby dans une nouvelle dimension.

Sir Alex Ferguson, le tournant pour Manchester United

Lorsque Sir Alex Ferguson rallie Manchester et United en 1986, les Mancuniens courent désespérément derrière leur sacre en championnat depuis 1969. Une éternité pour un club de ce standing, qui vit dans l’ombre de son plus grand ennemi, au sommet de son art, champion à cinq reprises entre 1980 et 1986. Même si les premiers pas de l’Ecossais ne sont pas couronnés de succès, l’ancien entraîneur d’Aberdeen envoie rapidement un signal fort à l’équipe phare du moment. «Nous allons faire descendre Liverpool de son p**** de perchoir.»

Une déclaration qui permet au technicien écossais de s’offrir une place de choix dans le cœur des supporters de Manchester United. La tension entre les deux clubs va fortement s’accentuer après la prise de fonction de Ferguson. Des rumeurs évoquent l’idée que des clauses étaient insérées pour ne pas rejoindre le club ennemi.

Après des débuts poussifs, Ferguson insuffle peu à peu son style de management à tout un club. En 1993, Manchester United retrouve le chemin du succès et met fin à une disette de 24 ans sans titre.

Avec 15 couronnes, les Reds possèdent toujours une avance considérable sur leurs rivaux, qui viennent d’être sacrés pour la huitième fois de leur histoire. 20 ans plus tard, Manchester United compte 20 championnats à son actif et dépasse Liverpool de deux trophées. Entre 1990 et 2020, Liverpool ne remporte pas le moindre championnat. En l’espace de 27 années, Sir Alex Ferguson a littéralement renversé la vapeur et rendu ses lettres de noblesse à un club prestigieux.

Auréolé de deux Ligue des champions en 1999 et 2008, l’Ecossais a totalement redoré le blason de Manchester United.
Le débat perpétuel entre les deux villes refait inéluctablement surface autour du football pour désigner le meilleur club.

Sous la houlette de Ferguson, et avec le retour en force de Manchester, le «seul vrai derby d’Angleterre» selon l’Ecossais, est devenu une pierre angulaire de la Premier League. Cette rencontre est la plus suivie dans le monde, avec presque 600 millions de téléspectateurs répartis dans 211 pays. Malgré le départ, la tradition se perpétue naturellement, une rivalité qui «ne changera jamais» révélait, l’entraîneur avant de prendre sa retraite.

Un choc marqué par des dérives

L’animosité inhérente à ce duel a provoqué de nombreux incidents aussi bien sur le rectangle vert que dans les tribunes. La spécialité observée pendant de nombreuses années au sein des fans était de se livrer à des chants pour évoquer les tragédies humaines vécues par le club adverse. Les supporters de Liverpool chantaient en référence du drame survenu à Munich en 1959 où des joueurs, supporters et membres du staff de Manchester United avaient perdu la vie à la suite d’un crash d’avion. Une pratique nauséabonde partagée par leurs homologues mancuniens, puisque les supporters des Red Devils faisaient référence dans leurs chants à la tragédie d’Hillsborough, où 96 sympathisants de Liverpool avaient trouvé la mort après une violente bousculade. Bien que leur rivalité soit extrêmement présente, les rapports entre les deux cadors du football anglais se sont pacifiés après la publication d’un rapport indépendant en 2012. Le document accuse les autorités dans la tragédie d’Hillsborough.

Les grands groupes de fans de Manchester United se sont associés aux familles des victimes. En 2012, Sir Alex Ferguson et ses troupes avaient participé à la commémoration du drame à Anfield. Steven Gerrard et Nemanja Vidic avaient rendu hommage aux 96 victimes en lançant 96 ballons rouges dans le ciel. Un symbole pour amorcer la fin d’une haine démesurée pour laisser place à une rivalité sur le terrain.

Sur le rectangle vert, les joueurs ont également commis des gestes à la limite du raisonnable. En novembre 2011, Luis Suarez est l’auteur de propos racistes envers Patrice Evra et se voit sanctionné de huit matches de suspension. Au match retour, l’Uruguay, visiblement remonté, refuse de serrer la main à Patrice Evra avant le West Derby.

Huit ans plus tard, l’attaquant de l’Atlético Madrid fera ses excuses dans une lettre adressée au Français. En 2015, Steven Gerrard entre en jeu à la mi-temps. Le capitaine emblématique des Reds reste moins d’une minute sur la pelouse. Coupable d’un geste dangereux sur Herrera, Steven Gerrard est renvoyé aux vestiaires et assiste à la victoire de l’ennemi juré sur ses terres.

Ce dimanche, les deux cylindrées s’affrontent pour la 203e fois de leur histoire. Si le bilan général est en faveur de Manchester United avec 80 succès contre 67 pour Liverpool, les récentes confrontations sont nettement à l’avantage des protégés de Jürgen Klopp, invaincus sur les 6 derniers matches en Premier League. Peu importe la position et la forme du match, le Derby d’Angleterre est un duel pour l’honneur d’un club, la suprématie d’une ville et le bien-être des supporters.

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