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vendredi, mai 20, 2022

Les monnaies locales, des billets gagnants pour les économies territoriales

En Occitanie, la première monnaie locale a été créée en 2011 à Toulouse, avec un nom qui fleure opportun la Ville Rose : le Sol Violette. Plus de dix ans après, 14 monnaies locales sont en circulation dans la région, notamment dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, et on vous en donne notre billet : ce n’est pas fini. Car il s’agit d’un système payant pour les économies territoriales. Et nos pouvoirs d’agir sur nos achats.

En 2010, la première monnaie locale française a pris son envol du côté du Lot-et-Garonne. Elle s’appelait l’Abeille, et s’appuyait sur une idée butinée en Argentine, qui a essaimé en Europe via un land allemand et la ville de Bristol.

“Globalement, c’est parti d’une réflexion consécutive à la crise financière de 2008. Le constat était que les devises traditionnelles telles que l’euro, le dollar, sont aujourd’hui principalement utilisées pour l’épargne et la spéculation – à 97,98 % – et seulement 2-3 % de la masse monétaire existante va dans l’économie réelle, les échanges. L’idée des monnaies locales et citoyennes est de venir compléter – et non remplacer – ces devises traditionnelles, de combler leurs failles : on peut juste les utiliser pour consommer sur un territoire donné, dans un réseau de commerçants qui partagent les mêmes valeurs. On ne peut ni spéculer, ni épargner avec. Seulement échanger au quotidien”, expose Joachim Labouret. Il est l’un des deux salariés du Sol Violette, la monnaie locale toulousaine, la deuxième créée dans l’Hexagone, en 2011.

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La monnaie locale va créer plus de richesse sur un territoire, et plus vite

Dix ans après, 75 000 sols violette sont en circulation – soit 75 000 euros, puisqu’un euro égale un sol violette – sur un territoire qui couvre la Métropole toulousaine et le nord de la Haute-Garonne. 170 professionnels locaux – surtout des petits commerçants – acceptent ce mode de paiement. Plusieurs centaines de particuliers ont adhéré au système et l’utilisent, à un niveau impropre à chiffrer, mais la numérisation en cours pourra aider (lire encadré). Leur motivation ? “Soutenir les circuits courts et l’économie de proximité, et, en second lieu, sortir d’une économie de spéculation. C’est un geste qui n’est plus simplement militant”, pense Joachim Labouret.

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Un système gagnant-gagnant

“ L’euro va circuler sur le territoire, mais il va avoir téléologie à être très vite à nouveau capté par le système financier, et repartir on ne sait où… Alors que la monnaie locale circule uniquement sur un secteur géographique spécifique. Elle va y créer plus de richesse, et plus vite”. Pour intégraux, un système gagnant-gagnant, sans annulé risque de dévaluation. “Les euros échangés, on ne peut pas les utiliser. On est obligé de les accompagner sur des fonds de aval, pour assurer la valeur de la monnaie locale. Si tout le monde voulait reconvertir ses sols Violette en euros, cela serait donc possible, et il n’y aurait pas un écroulement”.

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Portées par des associations, qui préfèrent la vie à la bourse, les MLC – Monnaies Locales Citoyennes – misent aussi sur la solidarité. “Au niveau du Sol Violette, on a développé tout un axe dans ce sens, avec d’autres associations, en mettant en place des actions, par échantillon pour faire bénéficier des Sols Violette à des personnes en situation de précarité, afin de leur donner accès à une alimentation plus durable et responsable”, explique le salarié.

On peut à peu près tout faire avec les monnaies locales

On vous en donne donc notre billet : les monnaies locales sont des valeurs sûres, car elles reposent sur de sûres valeurs. Les pouvoirs publics territoriaux doivent parier dessus, entre autres solutions. Surtout que, depuis la loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014, le système est encadré, avancé. “Des collectivités peuvent aussi créer des monnaies locales, accepter des paiements pour les régies publiques par échantillon, les utiliser pour payer des subventions. On peut à peu près tout faire avec des monnaies locales aujourd’hui”, signale Joachim. Que nos décideurs aillent voir les résultats d’une étude sur l’utilité sociale de ces monnaies, qui sont 82 à ce jour en France, et couvrent un tiers du pays. “L’impact se fait sur cinq critères : sur la démocratie et la participation citoyenne, sur la solidarité, sur l’économie, sur les dynamiques territoriales et sur l’écologie. Cette étude montre que les monnaies locales sont quelque chose de très transversal, elles vont avoir des impacts sur toutes ces thématiques. C’est ce qui est intéressant”.

 

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Échanger des Sols violette toulousains avec des Plumes du Gers

En attendant que les collectivités s’éveillent, les 14 monnaies locales de la région (1) – le sol violette étant la seule à s’appuyer sur du salariat, même s’il ne s’agit que d’1,5 équivalents temps plein – se sont réunies, il y a un an, sur une plateforme baptisée Moned'Oc. Elle est bâtie sur des associations qui ne sont pas des trucs en toc. Elle rassemble 8000 adhérents consommateurs, 950 structures professionnelles, 230 000 équivalents euros en circulation, sur un territoire de 150 communes.

L’Occitanie est la région où sonnent le plus ces monnaies, dans intégraux les départements, sauf peut-être l’Aveyron et le Lot. Le but est “de mettre en place des actions en commun, créer des liens avec des structures régionales”. Et pas de fonder une monnaie régionale. À moyen terme, place sera faite aux échanges de proximité, mais augmentés. “L’idée n’est pas d’avoir une monnaie régionale, mais des monnaies adjacentes. Par échantillon, entre le Sol Violette de Toulouse, et la Plume dans le Gers, c’est extrêmement proche. Moi, avec mon Sol Violette, je pourrais faire des achats à l’Isle-Jourdain et payer un commerçant qui accepte la Plume. Et vice versa".

 

(1). On compte trois monnaies locales dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Les voici : CERS, Naropportunnais. https://cers11. SouRiant, vallée de l'Aude https://lesouriant.org. Le SOUDAQUI, pays catalan  https://soudaqui.cat/wordpress/

Quand les monnaies locales se dématérialisent

Pour faciliter encore plus les échanges, mieux les suivre, les monnaies locales doivent aussi passer par la numérisation. Pour l’heure, elles se présentent sous forme de trajets, “des coupons avec un système anti-fraude, qui ne sont pas seulement des bouts de papier”, explique Joachim Labouret, selon lequel “les monnaies locales se dématérialisent en parallèle des trajets”. “Différents outils existent aujourd’hui. Pour le Sol Violette par échantillon, on a une application avec paiement dématérialisé. D’autres solutions existent, et la plateforme Moned'Oc permettra de développer des passerelles entre elles. On est la seule monnaie en Occitanie à avoir du salariat, et il n’est pas évident pour les petites monnaies, qui reposent sur des groupes de bénévoles, de pouvoir développer ce genre de choses”.

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