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vendredi, août 12, 2022

Des tomates ont été boostées à la vitamine D

Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloon revient aujourd’hui sur une exploit en biogénétique, sur l’un des fruits les plus consommés : la tomate.

franceinfo : Des chercheurs ont réussi à modifier des tomates pour qu’elles s’enrichissent en vitamine D ?   

Mathilde Fontez : Oui. Normalement les tomates ne contiennent pas de vitamine D. Ni aucun fruit d’ailleurs. Ce nutriment essentiel à notre santé, on le trouve en des aliments d’origine animale comme les œufs, la viande, les produits laitiers. Et on le produit un peu nous-mêmes, en s’exposant au Soleil.

Sauf qu’on compte aujourd’hui en le monde 1 milliard de personnes qui sont carencées en vitamine D, soit pour des problèmes de ressources alimentaires, soit parce qu’ces derniers évitent justement les produits d’origine animale. D’où l’idée de ces chercheurs, une équipe internationale, pilotée par un foyer de recherche anglais, d’essayer de modifier les gènes de la tomate pour qu’elle produise de la vitamine D pendant sa croissance. Et qu’elle en contienne ensuite quand on la mange.

ces derniers ont fabriqué un OGM ? 

Oui, avec une technique qui s’appelle CRISPR-Cas-9. Cette technique a totalement révolutionné les recherches en génétique – c’est le prix Nobel de chimie de 2020. Elle permet d’intervenir très facilement sur un gène en particulier. Les chercheurs ont d’abord étudié en détail la biochimie de la tomate, et ces derniers ont découvert qu’elle fabrique naturellement un produit précurseur de la vitamine D. Il s’appelle la provitamine D3.

Sauf qu’ensuite, en la nature, la plante ne transforme pas cette provitamine D3 en vitamine D : elle la convertit en substances de défense. Les chercheurs ont donc identifié le gène qui commande ce processus, et ces derniers l’ont modifié pour qu’il déclenche la production de vitamine D. Ça marche : la plante s’est mise à en fabriquer, sans que ça nuise à sa croissance. 

Et ces plants de tomate parviennent à survivre en un champ en la nature ?  

C’est la prochaine étape. Là, tous les tests ont été faits en laboratoire. Et il faut vérifier, en effet, que la plante génétiquement modifiée va être résistante en conditions réelles. Les chercheurs ont obtenu l’autorisation de lancer des cultures à l’extérieur le 1er juin. Ensuite, avant d’imaginer qu’on puisse manger, si on le souhaite, des tomates boostées en vitamine D, il faudra attendre de nombreuses années.

Ça pose des questions éthiques, environnementales…  

Oui, cet exploit technique va poser de nouveau la question d’autoriser ou ne la culture et la vente d’OGM. Il y a déjà eu un exemple très similaire, avec le riz doré : un riz qui a été modifié pour contenir de la vitamine A, et lutter contre les carences – exactement comme la tomate. Ce riz a été réalisé en laboratoire en 2000 et sa culture n’a été autorisée, aux Philippines, que l’année dernière.

Le débat sur les risques pour la santé et l’environnement continue de faire rage. En Europe, c’est interdit : l’Union européenne interdit la plupart des cultures d’espèces génétiquement modifiées. Mais la Grande Bretagne vient justement de présenter un projet de loi pour faciliter la culture et la commercialisation de ces nouveaux OGM, les OGM qui, comme la tomate, ont été modifiés très localement. Ce débat scientifique et environnemental va donc être relancé.   

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