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jeudi, juin 30, 2022

Commerces, cafés, médecins… Les communes se battent pour conserver leurs services de proximité

Les élus multiplient les initiatives pour revitaliser leurs territoires, parfois avec l’aide de l’État ou d’acteurs privés.

Le constat est sans appel : en France, près d’une commune sur deux ne dispose d’aucun commerce, selon les dernières données de l’Insee. D’autres services de base manquent également cruellement : trois quarts des communes n’ont aucun médecin généraliste, plus de la moitié pas de salons de coiffure, environ 45% aucun lieu de restauration. Tous ces équipements semblent en effet concentrés dans les plus grandes villes, laissant les autres sur le carreau. Loin d’être découragées par cette situation, les petites communes multiplient les actions pour maintenir ou relancer certains services essentiels aux habitants.

On ne compte plus les articles dans la presse locale sur une épicerie qui ouvre dans tel village, tel autre qui fait sortir de terre une maison de santé, ou tel autre qui fait renaître son café. «Pas une journée ne passe sans qu’un élu ne me parle de son projet», assure Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). Car, derrière ces services de proximité, il y a un enjeu de «revitalisation» de ces territoires, complète Sacha Bentolila, conseiller en charge de ces questions à l’Association des petites villes de France (APVF).

Les communes se débrouillent parfois seules, comme à Aigre (Charente). Dépourvue de distributeurs automatiques de billets (DAB) dans son centre-bourg depuis six ans, la mairie du village de 1600 habitants a installé mi-août sa propre borne, grâce à un partenariat noué avec le convoyeur de fonds Loomis. «Le premier bilan est au-delà de nos espérances», s’enthousiasme le maire Renaud Combaud. «En septembre, plus de 1200 retraits ont été effectués, avec des pics le jeudi, jour de marché.» Si elles se démènent parfois seules pour les démarches, certaines ont pu profiter de subventions publiques, comme à Saint-Victor-de-Buthon (Eure-et-Loir). Après la fermeture il y a quatre ans du seul commerce du village de 500 âmes, une boulangerie, la mairie a racheté le bâtiment et réalisé des travaux de rénovation du local. «Nous avons bénéficié de subventions de l’État, de la région et du département, à hauteur de 60% du coût total», indique le maire Jean-Michel Cerceau. Après deux longues années de recherches d’un repreneur, la commune a touché au but récemment, avec l’ouverture le mois dernier d’un commerce multiservices dans l’ancienne boulangerie.

Parfois, les initiatives viennent des habitants eux-mêmes. C’est le cas par exemple à Arrou (Eure-et-Loir), où Claude Bellessort, un retraité natif de la commune, a racheté trois commerces (un café, une boulangerie et un salon de coiffure) en l’espace de quatre ans, dont deux venaient de fermer. «Voir ces commerces disparaître me faisait mal au cœur», raconte l’ancien entrepreneur de 66 ans. Au total, il y a investi 500.000 euros avec ses deux frères, les trois hommes s’étant regroupés au sein d’une société civile immobilière (SCI).

L’Etat au soutien des communes

L’État est également lui-même à la manœuvre via plusieurs programmes, lancés ces dernières années. Le plus médiatisé est sans aucun doute la création de maisons «France Services», annoncée par Emmanuel Macron en avril 2019, soit des guichets uniques regroupant de nombreux services publics (CAF, Pôle emploi, La Poste, Finances publiques…). Un dispositif censé prendre le relais d’une initiative existante, les maisons de services au public (MSAP). Aujourd’hui, 1745 lieux ont été labellisés «France Services», selon le ministère de la Cohésion des territoires, avec l’objectif d’atteindre la barre des 2500 d’ici fin 2022.

« Nous réclamons une généralisation des programmes d’accompagnement (des communes). »

Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF)

Deux autres programmes ont également vu le jour ces dernières années. D’abord le plan «Action cœur de ville» en 2017, destiné à revitaliser les centres-villes, et qui a bénéficié à 234 villes moyennes. Cinq milliards d’euros ont été alloués sur cinq ans à ce programme, récemment prolongé jusqu’en 2026. Une initiative similaire pour les communes de moins de 20.000 habitants a été lancée en octobre 2020, baptisée «Petites villes de demain». Trois milliards d’euros sont mobilisés jusqu’en 2026. Plus de 1600 territoires sont accompagnés par ce programme dans leur projet de développement. Parmi eux figure la commune de Montbard (Côte-d’Or). «Ce plan permet d’élaborer une feuille de route avec une stratégie globale de revitalisation», explique la maire Laurence Porte, insistant sur le soutien en matière d’ «ingénierie» apporté par l’État, via un «chargé de mission» mis à la disposition de la commune.

Si les associations de communes jugent positivement ces programmes étatiques, elles pointent également leurs limites. Pour «Petites villes de demain», «la question du financement va se poser quand les quelque 1600 projets seront prêts», estime Sacha Bentolila, de l’APVF. De son côté, Cédric Szabo, de l’AMRF, juge ces actions sous-dimensionnées. «Nous réclamons une généralisation de ces programmes d’accompagnement», appelle-t-il. La décision de l’État de supprimer le Fonds d’intervention pour la sauvegarde de l’artisanat et du commerce (Fisac) en 2019 reste également en travers de la gorge des maires. «On ne comprend pas pourquoi cet outil s’est arrêté, alors qu’il donnait la possibilité pour les communes d’être les financeurs directs de commerçants», s’interroge Laurence Porte, la maire de Montbard. Cette décision «manque de cohérence avec la politique nationale en faveur de la revalorisation des centres-villes», avait quant à lui déploré François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF), en octobre 2018.

À VOIR AUSSI – Olivier Bourdon : «Le Covid a donné un nouvel élan aux petits commerces»

L’émergence d’initiatives privées

À côté de l’État, «beaucoup d’acteurs privés se positionnent» sur cette problématique du maintien de services de proximité dans les petites communes, souligne Cédric Szabo. Parmi eux, on retrouve le groupe SOS, avec son programme «1000 Cafés». Une initiative lancée en septembre 2019, dont l’objectif affiché est d’ouvrir 1000 cafés dans 1000 communes de moins de 3500 habitants. Ce programme, qui bénéficie du soutien du gouvernement, a déjà reçu 1042 candidatures d’élus, selon sa directrice Sophie Le Gal, et accompagne aujourd’hui 100 communes dans leur projet d’ouverture de café multiservices. «C’est nous qui opérons chaque lieu. Nous tenons tous les bouts de la chaîne, de l’investissement à l’accompagnement de l’activité en passant par le recrutement», explique Sophie Le Gal, qui ajoute avoir récemment ajouté une nouvelle corde à son arc : le soutien de cafés existants et «fragilisés».

Par son modèle économique et son ambition, «1000 Cafés» se rapproche de la start-up Comptoir de Campagne, dont le principe est de travailler avec les communes à l’ouverture d’un commerce multiservices sur leur territoire. À ce jour, 11 comptoirs ont été créés, principalement en Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté, qui sont gérés en propre par la société. Pour les prochains, Virginie Hils, la fondatrice de Comptoir de Campagne, veut se tourner vers le modèle de la franchise. «Nous visons l’ouverture de 15 à 20 comptoirs par an à partir de l’année prochaine», affirme-t-elle. Parmi les autres initiatives privées du même type, on peut aussi citer celle du mouvement citoyen Bouge Ton CoQ, qui propose directement aux habitants de les accompagner dans le lancement d’une épicerie associative dans leur village. Si 70 sont déjà en fonctionnement, l’ambition est d’en ouvrir 2000 à terme. De son côté, le label Bistrot de pays, créé il y a près de 30 ans, vise à soutenir les cafés et bars indépendants. Autant d’initiatives qui participent à redynamiser des territoires qui, si l’on en croit le premier baromètre des petites villes réalisé par Ipsos et paru fin octobre, sont attractives aux yeux des Français. Deux tiers des personnes interrogées vivant dans un autre type de commune disent en effet envisager de s’installer dans une petite ville un jour.

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