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lundi, juillet 4, 2022

Chaussures, vélos, meubles, consoles… L’incroyable liste des produits qui manquent ou pourraient manquer en France

De l’usine aux rayons des magasins, l’approvisionnement de certains produits est difficile à la veille de Noël.

Un vent de panique souffle depuis quelques mois sur les marchés mondiaux : la reprise s’accompagne d’importantes pénuries. Quels sont les produits concernés et pour quelles raisons ? Le Figaro fait le point.

Les chaussures manquent, les vêtements menacés

La forte reprise du commerce mondial, couplée à des chaînes d’approvisionnement désorganisées, provoque des tensions sur le marché des vêtements et des chaussures. Résultat : retards de livraison et augmentation des coûts sont au rendez-vous pour les enseignes. Pour les chaussures d’entrée de gamme en provenance d’Asie, «seules 30 à 40% des références sont livrées dans certaines enseignes» explique Yohan Petiot, directeur général de l’Alliance Commerce, une organisation professionnelle dans l’équipement de la personne. «La situation n’est pas encore aussi préoccupante pour les vêtements, mais elle pourrait bien le devenir».

«En Chine, les usines et les ports ferment à chaque cas Covid. Par ailleurs, la production est aussi interrompue par les coupures d’électricité avec la crise de l’énergie» explique Yohan Petiot. L’approvisionnement est donc très compliqué. Les prix pourraient de plus s’emballer car le transport maritime a vu son coût augmenter de manière drastique : «Le transport en conteneur qu’on payait en moyenne 1500 à 3000 dollars habituellement, on le paye aujourd’hui 15 à 20 000 dollars» explique Yohan Petiot.

De grandes entreprises du secteur s’attendent déjà à un impact des pénuries sur leurs ventes. Nike a revu ses perspectives de croissance en nette baisse, à 5%, tandis qu’Adidas prévoit 500 millions d’euros de manque à gagner. Les sneakers, surtout fabriquées en Asie, sont particulièrement touchées, tandis que les chaussures en cuir sont plus fréquemment fabriquées en Europe. H&M a également reconnu qu’il n’était pas à même de répondre à toutes les demandes. Du côté de Primark, les difficultés sont présentes mais l’enseigne veut rassurer ses clients à l’approche de Noël. «Bien que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement entraînent des retards dans certaines catégories, elles n’ont pas d’impact significatif sur le stock pour le moment» rapporte un porte-parole du groupe.

Des ruptures de stock ponctuelles dans l’ameublement et l’électroménager

Dans l’ameublement, Ikea avait tiré la sonnette d’alarme fin septembre en annonçant que 20% des références manquaient à l’appel dans les rayons français, à la fois sur les petits accessoires et l’ameublement. «Ça n’a pas été simple. Garder les magasins et entrepôts Ikea ouverts a été difficile. Au cours de l’exercice 2021 nous avons observé une chute substantielle de la disponibilité» des produits, reconnaît Ikea, selon l’AFP. «Nous n’en sommes pas encore sortis et cela va continuer pendant longtemps encore dans l’exercice 2022» a par ailleurs précisé le géant du meuble. Les pénuries de chauffeurs routiers et de matières premières rendent ainsi difficiles le respect des délais de livraison.

Le Secrétaire Général de la Fédération française du négoce de l’ameublement et de l’équipement de la maison, Jean Charles Vogley, reconnaît quant à lui des tensions d’approvisionnement ponctuelles. Toutefois, «80% de l’approvisionnement extérieur de meubles en France provient d’Europe, ce qui limite les risques de pénuries» explique le directeur général de la FNAEM. Le retour à la normale sur le marché du bois devrait aussi bientôt faciliter l’approvisionnement en bout de chaîne.

Du côté de l’électroménager, la situation est plus tendue car la production dépend des composants électroniques produits en Asie et pour lesquels les délais d’approvisionnement s’allongent. Mais Jean-Charles Vogley nuance : si le transport maritime reste désorganisé et la situation très volatile, il ne s’attend pas «à des ruptures franches et massives». Le constat est similaire pour Boulanger qui confie cependant être «inévitablement impacté par les retards de livraison» mais qui l’assure : «il y aura des cadeaux sous le sapin, et dans toutes les catégories».

Consoles et Iphone arrivent au compte goutte

Les appareils électroniques risquent eux aussi de manquer. Smartphones, tablettes, ordinateurs, téléviseurs, consoles de jeux vidéo : les tensions sur les approvisionnements sont de plus en plus importantes. Apple pourrait ne produire que 80 millions d’iPhone au lieu des 90 attendus pour ce trimestre, au risque de décevoir de nombreux clients. Des clients ayant commandé un iPhone 13 fin septembre, dès sa sortie ne l’ont toujours pas reçu. La PlayStation 5, console vedette de Sony arrive dans les magasins au compte-goutte, et aucune livraison massive n’est prévue pour les fêtes de fin d’année.

Les fabricants de téléviseurs, d’ordinateurs, confessent à mi-mot des difficultés d’approvisionnement. Des tailles d’écrans viennent à manquer, certaines références d’ordinateurs ne sont plus disponibles… et il est souvent impossible de savoir quand les produits commandés arriveront. «Tous les matins, je reçois une liste des produits manquants. À chaque fois ce sont quinze à vingt références avec des retards de livraison d’une semaine à un mois», témoigne le porte-parole d’une grande marque asiatique. Une partie de ces retards est imputable à la pénurie mondiale de semi-conducteurs, ces éléments essentiels à tous les appareils électroniques. Ce à quoi il faut ajouter des fermetures d’usines dues au Covid dans des pays névralgiques comme le Vietnam.

De l’attente pour les vélos, sur certains modèles

Les vélos sont aussi sujets à des ruptures de stocks, car en plus des difficultés qui touchent le commerce mondial, l’engouement pour le cyclisme est exceptionnel. «La pandémie a créé de nombreux bouleversements : arrêt ou ralentissement des entreprises de production ou de transport, modifications de la consommation, intensification brutale de l’e-commerce, engorgement des routes de fret, etc.», explique notamment Decathlon. «Ces perturbations sont si importantes que leur correction sera longue». Un vélo est fabriqué à partir d’environ 80 pièces commandées auprès d’entreprises spécialisées. Si une de ces pièces manque, la livraison du vélo est immédiatement impactée. «Pour certains modèles, les plus plébiscités, le délai de livraison de certains composants peut désormais dépasser 500 jours», selon Decathlon. Mais le groupe a pris ses précautions : «Decathlon a réagi rapidement en anticipant les commandes de 2021 dès le mois de mai 2020», les stocks ont donc permis d’éviter des retards trop importants même si «certains produits peuvent faire l’objet de quelques jours d’attente selon les modèles».

Même stratégie pour Marc Simoncini et son entreprise de «vélos intelligents» Angell, qui a constitué des stocks à encore plus long terme : «Dès que nous avons vu arriver la pénurie, nous avons fait des stocks pour deux ans, prêts à être assemblés». «Nous n’avons donc pas de pénuries en ce moment et nous avons pu rattraper nos mois de retard du début de la crise». Ces vélos haut de gamme, assemblés à partir de 400 à 600 pièces sont plus exposés aux soubresauts du commerce international et nécessitent donc des anticipations précoces. Pour Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport et Cycle, «il y a des tensions, notamment sur des composants produits au Japon, mais au 1er semestre 2021 on a vendu plus de vélos qu’en 2020, donc la production suit». À l’avenir, des questions pourraient cependant se poser sur la relocalisation de la fabrication des composants.

Les articles de sport et le matériel de ski bientôt touchés ?

Comme l’ensemble des produits manufacturés, les articles de sport pourraient se raréfier dans les rayons. Raquettes et chaussures de sport sont notamment concernées. «Avant Noël, on risque d’avoir des difficultés d’approvisionnement» souligne Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport et Cycle. «Des signaux faibles commencent à apparaître, les stocks se tendent», explique-t-il.

Du côté des articles de montagne, les commerçants profitent des stocks constitués les années passées qui n’ont pas pu être écoulés avec la fermeture des remontées mécaniques pendant les différentes vagues de la pandémie. «Pour le ski alpin, le matériel est déjà dans les magasins depuis un an, les commandes ont donc été faibles cette année et les tensions du commerce international n’ont pas affecté le matériel de ski» explique Brice Blancard, responsable montagne à l’Union Sport et Cycle. «Les skis de randonnée, luges, etc. qui ont été fortement utilisés en l’absence du ski alpin, ne devraient pas non plus poser problème malgré la hausse de la demande» : là aussi, les stocks sont faits. Pourtant une inquiétude pointe au sujet du réassort de début d’année. La visibilité est moindre sur début 2022 et les commerçants pourraient être confrontés à des tensions sur leurs stocks, précise l’Union Sport et Cycle.

Les jouets, «un marché de rupture»

Les ruptures ponctuelles des jouets les plus populaires sont un classique dans le secteur à l’approche de Noël. Mais cette année, elles devraient être un peu plus nombreuses que d’habitude. « Il y aura des jouets sous le sapin, rassure Philippe Gueydon, le patron de King Jouet, mais peut-être pas toutes les références habituelles. » 20 % des jouets référencés dans le catalogue de Noël du fabricant manquent encore en magasin. La plupart finiront par être livrés, mais certains seront plus difficiles à trouver. Ainsi, des jouets contenant des produits électroniques, en pénurie, ou ceux fabriqués en Asie. Un grand distributeur n’a par exemple pas reçu autant de Barbie Color Reveal Fête que souhaité. Il compensera les poupées manquantes avec un modèle de Barbie approchant… Ce qui pourra frustrer quelques enfants. Devant le risque de ruptures, «les consommateurs devraient démarrer leurs achats plus tôt dans la saison» anticipe Christophe Drevet, directeur Général de la Fédération du Jouet et de la Puériculture.

Pour le porte-parole de JouéClub Franck Mathais, les tensions s’expliquent par la reprise de l’activité mondiale et la hausse des prix des matières premières créant des tensions de livraisons depuis la Chine combinées à l’explosion des prix du fret maritimes. Alors que 57% des jouets vendus en France sont fabriqués en Chine, la désorganisation logistique est aujourd’hui ce qui crée l’affluence et pénalise les distributeurs «qui n’ont pas anticipé». Pour le porte-parole de JouéClub, les commandes anticipées par l’enseigne (20% de stocks de plus en magasin), peuvent suffire à éviter les ruptures. La question reste celle du prix de vente final pour les consommateurs, très faible selon Franck Mathais grâce à une hausse des coûts absorbée du côté des fabricants et des distributeurs. Pour le porte-parole, la spécificité du marché du jouet est qu’il est, de fait «un marché de rupture», rythmé par les tendances des jouets à succès chez les enfants, qui ne sont pas toujours en corrélation avec les dates de production (avant l’été) et les premières livraisons pour le début des ventes en octobre.

Du papier, mais à quel prix ?

Hausse des prix, stocks réduits, «tous les produits grand public sont concernés», confirme le délégué général de Copacel, Confédération française de l’industrie des papiers, cartons et celluloses. Le papier pour la presse, les emballages, sacs, produits d’hygiènes… autant de produits pressurisés par un cumul de facteurs. Celui de la reprise économique post-Covid avec une forte demande sur les produits de grande consommation qui rencontrent: une problématique de fermetures d’usines (confrontées à une décroissance structurelle de la demande de papier), une hausse des coûts de production, de transport et des délais de livraison qui font grimper les prix.

Comme pour les prix des produits alimentaires vendus en grande distribution, l’impact sur le panier du consommateur repose désormais sur les négociations annuelles entre fournisseurs et distributeurs début novembre. Alors qu’Essity qui commercialise le papier toilette Lotus et Okay confiait au Figaro «une hausse de +67% des cours de la pâte à papier depuis 8 mois et une hausse de +50% du coût des emballages sur la même période, le délégué général de Copacel estime que cette «hausse des prix continuera sans doute jusqu’en 2022».

Pénurie de chaudières, sans impact toutefois sur les interventions d’urgence

L’hiver approche et la France manque de chaudières. «Il faut entre deux et trois mois pour faire remplacer une chaudière, dans le meilleur des cas, contre 48 heures en temps normal» raconte Cyril Radici, secrétaire général du Synasav, qui représente des entreprises proposant des services d’équipement et de maintenance de chaudières et autres équipements de chauffage. Les ménages se sont d’abord précipités pour changer leurs chaudières à moindres frais avant la fin des coups de pouce CEE pour le chauffage et l’isolation, qui permettent aux particuliers de bénéficier d’aides pour financer leurs travaux de rénovation énergétique. «Les fabricants de chaudières ont ainsi vu leurs bons de commande augmenter de 30 à 40% avant l’été», selon Jean-Paul Ouin, délégué général d’Uniclima qui représente 98% des fabricants de chaudière. Les usines ont donc du mal à suivre et certaines entreprises peinent à se fournir en chaudières.

Du côté de l’offre, les matières premières font de plus défaut : «La situation se détend du côté des métaux, mais les ruptures de composants électroniques persistent» explique le délégué général d’Uniclima. Aujourd’hui, les chaudières et pompes à chaleur sont en effet équipées de systèmes de pilotage qui demandent des semi-conducteurs, secteur en tension depuis de nombreux mois.

Pour faire face à ces difficultés, les syndicats du secteur ont alors obtenu du gouvernement le décalage de la fin des aides CEE. Alors que les ménages devaient initialement finir leurs travaux de rénovation avant le 30 septembre pour bénéficier des aides, ils ont finalement jusqu’au 31 décembre, afin de laisser aux entreprises le temps de rattraper leur retard sur l’installation des chaudières. Le syndicat rassure toutefois avant l’hiver : «Il n’y a pas de risque de se retrouver sans chaudière. Pour les interventions d’urgence nous faisons le nécessaire avec le matériel à notre disposition». Autre sujet de préoccupation : la main-d’œuvre qui manque, et qui pourrait, même si les produits sont disponibles, ralentir le rythme des installations.

Pour les bricoleurs, la situation s’améliore sur les matériaux

Sur les chantiers et pour les bricoleurs du dimanche, la situation est également tendue depuis plusieurs mois et les Français qui se sont lancés dans la construction ou la rénovation subissent l’allongement des délais. Le bâtiment constate cependant des améliorations sur l’approvisionnement en matières premières qui devraient bientôt être ressenties par les clients : «Il n’y a plus de pénurie réelle mais les prix restent très hauts» explique Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment. «Le problème aujourd’hui concerne davantage les produits manufacturés comme les chaudières, mais moins les matériaux», poursuit-il.

Du côté des matériaux, l’embellie est d’abord constatée pour le bois. «Chaque jour la situation se détend. Les derniers maillons de la chaîne (distributeurs et consommateurs, ndlr) devraient bientôt sentir la reprise» confie Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois. La situation s’améliore aussi pour le plâtre depuis quelques semaines et les délais de livraison ne sont rallongés que de quelques jours selon Christine Muscat, présidente du Syndicat National des industries du plâtre, avec une inquiétude cependant pour le début d’année, période à laquelle les entreprises reconstituent leurs stocks. Même constat du côté des métaux où la situation s’améliore sur les aciers, le cuivre ou encore le fer. «Pour l’aluminium cependant, la distorsion entre demande et capacité n’a pas encore été résorbée. Il faut donc attendre en moyenne 5 mois pour obtenir le produit commandé contre 3 mois en temps normal», explique David Robert, délégué général de la Fédération Française des métaux. Si la pénurie n’est pas d’actualité sur les autres métaux, des tensions subsistent en raison du manque de transporteurs routiers qui allongent souvent les délais de livraison.

Des aliments toujours sous tension

Pour l’ANIA, l’Association nationale des produits alimentaires, il n’est pas question «de pénuries alimentaires» mais bien de «grosses tensions sur les prix auxquelles s’ajoutent les problèmes mondiaux de transport et de logistique». Une envolée des prix qui s’explique par le cumul d’une hausse de 5 à 51% des matières premières alimentaires, de 3% à 59% pour les matières premières industrielles (emballages des produits) et l’explosion du transport de près de 86% pour le fret maritime. Parmi les produits alimentaires soumis à une très forte augmentation des prix cette année, le baromètre Ania de septembre 2021 pointe notamment: le blé (+26%), les huiles (+39%), le sucre (+14%), les fruits (+34%) ou encore la volaille (+23%).

Les fruits (+34%): la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits confirme une baisse de volumes, notamment des  fruits d’été français comme les abricots, les pêches, en conséquence directe des épisodes de gel du mois d’avril. La hausse du fret maritime, les aléas météorologiques et les stocks au plus bas expliquent l’envolée des prix et un impact jusqu’aux produits transformés. L’Union nationale interprofessionnelle des jus de fruits s’alarme des prix grimpants et stocks au rabais notamment pour les abricots, la pêche, les fruits rouges, les poires ou le raisin.

Le blé (+26%): Selon l’AGPB, la hausse du prix du blé s’explique par la loi du marché et les aléas climatiques avec comme point de départ cette année, des conditions climatiques défavorables pour le premier producteur mondial de blé dur: le Canada. L’envolée du blé est aussi indissociable de la très forte demande chinoise et de la hausse des prix de l’énergie (gaz, électricité etc.) qui impactent autant le transport que la production agricole.

Le café (+52% sur les huit derniers mois selon l’International Coffee Organization): pour le Comité du café, il n’est pas question de pénuries mais d’inquiétudes sur les prix. Des craintes issues de l’incertitude sur les récoltes brésiliennes (premier producteur mondial) impactées par les épisodes de gel du mois d’avril et l’augmentation des coûts du fret couplé aux problèmes de flux commerciaux en Asie.

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