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jeudi, juillet 7, 2022

Centrale nucléaire touchée par des tirs russes: le patron de l’AIEA veut se rendre à Tchernobyl pour négocier un cadre de sécurité (direct)

Après l’attaque sur la plus grande centrale nucléaire européenne qui se trouve en Ukraine et sa prise de contrôle par les forces russes, le patron de l’Agence de l’énergie atomique propose de négocier un « cadre de sécurité » avec les belligérants.

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, montre la carte d’une centrale ukrainienne lors d’une conférence de presse à Vienne. – Reuters.

Une image tirée d’un flux vidéo diffusé par l’Autorité nucléaire de Zaporizhzhia le 4 mars 2022 montre de multiples explosions d’une centrale nucléaire ukrainienne à Zaporizhzhia, provoquées par des bombardements russes. – AFP.

Journaliste au service Société
Par Michel De Muelenaere

Publié le 4/03/2022 à 12:16
Temps de lecture: 4 min

Le stress est monté d’un sérieux cran, vendredi matin, à l’annonce du bombardement de la méga-centrale de Zaporizhzhia, dans le sud-est de l’Ukraine (450 km de Kiev). Au cours de la nuit, les forces russes ont pris la centrale pour cible : plusieurs projectiles sont tombés sur le site, occasionnant un incendie dans un bâtiment adjacent au réacteur nº1. L’enceinte de confinement du réacteur n’aurait pas été touchée. La centrale en compte six. Un seul – le réacteur nº4 – délivrait encore de l’électricité à 60 % de sa capacité. Les autres étaient en maintenance ou en arrêt d’urgence.

L’incendie a été éteint et la centrale est désormais occupée par les militaires russes. Deux membres du personnel de sécurité ukrainien ont été blessés lors de l’attaque. Aux dernières nouvelles, les fonctions de sûreté sont assurées et le personnel ukrainien reste aux commandes de la centrale, a indiqué Rafael Mariano Grossi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) au cours d’une conférence de presse convoquée d’urgence. Les niveaux de radiation mesurés à l’extérieur sont « normaux », selon le régulateur ukrainien.

Négocier « un cadre de sécurité »

Grossi a lancé un nouvel appel à la modération et a proposé de se rendre à Tchernobyl, le site de la centrale détruite accidentellement en 1986, pour négocier avec les belligérants un « cadre de sécurité » pour toutes les centrales du pays. L’Ukraine abrite quatre centrales totalisant quinze réacteurs.

Lors d’une réunion spéciale du conseil des gouverneurs de l’AIEA, plus tôt dans la semaine, Grossi avait rappelé les principes à respecter à l’égard des centrales : ne pas toucher à l’intégrité des bâtiments, garantir le fonctionnement normal des systèmes de sécurité, permettre au personnel local de gérer la centrale dans des conditions de travail acceptables, faciliter l’approvisionnement en pièces détachées et les éventuelles réparations, satisfaire l’alimentation de la centrale en électricité pour assurer les fonctions de refroidissement, préserver le système de contrôle de la radiation et maintenir les canaux de communication ouverts. « Tout le monde était d’accord avec cela, et pourtant le premier point a été rapidement compromis ! Nous avons de la chance qu’il n’y ait pas de relâchage de radioactivité et que l’intégrité des bâtiments n’ait pas été affectée. Mais les mots signifient quelque chose. Si on accepte ces principes, il faut agir en conséquence. »

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En matière de sûreté, une centrale comporte plusieurs points d’attention majeurs : le confinement du réacteur qui peut être endommagé voire percé par un projectile, les piscines d’entreposage du combustible usé qui peuvent subir le même sort, les systèmes de refroidissement du réacteur et des piscines qui pourraient être compromis et les éventuels dépôts de déchets nucléaires. Sans compter des attaques contre le personnel ou des incidents en salle de contrôle. Si le confinement semble ne susciter que peu d’inquiétude, la question du refroidissement est cruciale : la centrale nucléaire doit être constamment reliée au réseau électrique pour que ses pompes puissent assurer le refroidissement des cœurs de réacteur et des piscines. « Même lorsque les réacteurs sont arrêtés, il faut en permanence garantir le refroidissement des cœurs de chacun des réacteurs et celui du combustible irradié qui se trouve dans chacune des piscines des six réacteurs », rappelle un expert. En cas de panne ou de rupture, des générateurs auxiliaires fonctionnant au diesel doivent prendre le relais. Encore faut-il qu’ils soient opérationnels, alimentés en permanence et qu’ils ne soient pas la cible des attaques.

« Une catastrophe qui pourrait être plus importante que Tchernobyl et Fukushima »

« Si le personnel est sous attaque, si la fonction de refroidissement est perdue, ou si le réseau électrique est indisponible et que les diesels de secours ne sont pas approvisionnés, on pourrait assister à une catastrophe plus importante que Tchernobyl et Fukushima », alerte Bruno Chareyron de la Criirad, la commission française de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité.

Le patron de l’AIEA propose donc d’obtenir l’accord formel des belligérants sur ces éléments. « Je suis conscient que la logistique de ce voyage sera compliquée, mais cela doit être possible. Cela n’a rien à avoir avec l’aspect politique de la question, je ne suis pas un médiateur », a-t-il assuré. Concernant la situation à Tchernobyl même, le directeur de l’AIEA a indiqué que la radioactivité ne pouvait pas être considérée comme « normale ». « Il y a des petites pointes de radioactivité, mais sans gravité ».

Vendredi, Grossi a redit son « extrême inquiétude. La situation est très fragile et très instable. Des choses dramatiques peuvent arriver, il ne faut pas attendre ».

 

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