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mardi, octobre 4, 2022

«Il faut se remobiliser pour redonner des couleurs au tennis français»

Le nouveau «conseiller spécial» du président Gilles Moretton, de retour en France après un exil de quinze ans à la Fédération canadienne, réclame du temps mais se veut optimiste sur l’avenir du tennis tricolore.

Formateur français reconnu, Louis Borfiga, 67 ans, a formé notamment Gaël Monfils ou Jo-Wilfried Tsonga durant ses 21 ans à la fédération, dont 14 à l’Insep, puis a révolutionné le tennis canadien durant ces quinze dernières années. S’il ne souhaite pas être présenté comme le sauveur d’un tennis tricolore en crise, il compte bien l’aider à se redresser.

Qu’est-ce qui vous a fait revenir au sein de la Fédération française de tennis ?
Il était temps de rentrer à la maison après quinze années passées au sein de la Fédération canadienne. Gilles (Moretton, président de la FFT) m’a appelé et je n’ai pas trop hésité. Le fait qu’il soit président a beaucoup eu d’influence sur mon retour. Il est temps que je rende à la FFT ce qu’elle m’a apporté dans ma carrière.

De par votre réputation et vos résultats, peut-on vous considérer comme le sauveur du tennis français ?
Sûrement pas ! (sourires) Les sauveurs vont être le président et le DTN (Nicolas Escudé) et toutes leurs équipes. Ils me consulteront quand ils en auront besoin. Le tennis français, on va le sauver tous ensemble.

Vous êtes « conseiller spécial » du président Moretton. Qu’est ce ça signifie concrètement ?
Je vais amener mon expérience. Ça va être un travail d’équipe et on me consultera. Je vais surtout analyser ce qui se fait et proposer des ajustements avec le président et le DTN.

Pourquoi le tennis français va si mal ?
C’est difficile à analyser parce que je n’étais pas là. Mais avec les succès de la génération de Jo (Tsonga) tout le monde s’est peut-être inconsciemment relâché. Il faut se tourner vers le futur et prendre les bonnes décisions. Il faut se remobiliser afin de redonner des couleurs au tennis français

Qu’est-ce qui vous rend optimiste ?
Déjà, la bonne ambiance qui règne au sommet avec Gilles Moretton et son équipe. Ce sont des gens compétents. Et puis, il y a déjà beaucoup de jeunes qui jouent bien et des jeunes filles qui arrivent. C’est enrichissant que des joueurs comme Tsonga ou Gasquet veulent également s’investir. Plus il y aura de compétences, mieux ça sera. Cela prendra du temps, mais cela portera ses fruits. J’en suis certain.

« Il faut jouer sur nos points forts et les capitaliser, tout en gardant les yeux ouverts sur ce qui se passe à l’étranger. »

Louis Borfiga

Faut-il réinventer le modèle à la Française ?
Il ne faut surtout pas détruire ce modèle. Tous mes collègues à l’étranger s’accordent à dire que le tennis français a beaucoup d’atouts. Il faut jouer sur nos points forts et les capitaliser, tout en gardant les yeux ouverts sur ce qui se passe à l’étranger.

La France peut-elle s’inspirer de l’Italie par exemple, où le tennis est en plein boom ?
Absolument. Le président a eu beaucoup de contacts avec son homologue italien. Il y a des choses à apprendre. On va piquer des idées, c’est clair ! Un bon coach, c’est un voleur d’idées. Les Italiens ont un maximum de compétitions sur terre battue, que ce soit pour les jeunes, les Challengers, les Futures [les 2e et 3e divisions]. Ça n’a pas seulement aidé les joueurs mais aussi les entraîneurs. On peut aussi s’inspirer de leurs professeurs dans les clubs, qui sont très compétents.

Vous avez un gros réseau à l’étranger. Comptez-vous aussi faire venir des coachs de renom en soutien ?
Je dis toujours que les entraîneurs français sont super bons mais il ne faut pas se reposer sur nos lauriers. On est en train de mener une réflexion pour savoir ce que l’on peut améliorer dans le domaine de l’enseignement. On veut être effectivement plus ouvert aux coachs étrangers. On va actionner les réseaux. C’est également une demande de nos entraîneurs. Je trouve ça très sain.

« On a un Grand Chelem sur terre et l’objectif numéro un devrait être de gagner Roland-Garros. »

Louis Borfiga

Comment expliquez-vous qu’au pays de Roland-Garros les jeunes se forment avant tout sur dur ?
C’est une erreur. La terre battue demeure la meilleure surface pour se former. On a un Grand Chelem sur terre battue et l’objectif numéro un devrait être de gagner Roland-Garros. L’idée serait de multiplier les tournées sur cette surface pour les jeunes et de s’entraîner un peu plus dans le Sud de la France ou en Espagne. C’est un message fort qui a déjà été envoyé par le DTN.

Les joueurs français manquent-ils de préparation mentale ?
Nicolas (Escudé) en fait l’une de ses priorités. Il a engagé une équipe dans ce domaine. Il va y avoir des nouveautés. Il est branché là-dessus. Moi je suis un peu vieille école (rires). Mais c’est bien sûr très bien de faire de la préparation mentale. Le message capital, c’est aussi que la technique pour les jeunes doit redevenir la priorité. L’autre message auquel j’adhère, aussi, c’est que l’on ne va plus attacher trop d’importance aux résultats dans les catégories des jeunes, on va s’attacher d’abord à leur progression.

Il y a encore des juniors qui performent, mais que faut-il pour mieux réussir la transition avec le monde pro ?
Il faut, il me semble, cultiver l’esprit sportif chez les jeunes, pour en faire des sportifs avant d’être des joueurs de tennis. Et il faut vraiment casser des barrières. Lors d’un colloque d’enseignants j’ai déclaré que les jeunes français avaient peut-être un peu peur d’afficher leurs ambitions. On a su décomplexer les Canadiens et les Canadiennes. Le jour où Felix Auger-Aliassime (canadien de 21 ans et 11e mondial) a dit à 16 ans, qu’il n’avait aucune limite, alors là je me suis dit que j’avais réussi mon pari. Ce qui est important, c’est aussi l’entourage. Ça devient compliqué dans le tennis. Un bon jeune a déjà son propre agent et des préparateurs. Ce n’est pas spécifique à la France. Il faut garder les bonnes valeurs à 18-19 ans et ne pas se disperser.