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mardi, octobre 4, 2022

la Cour des comptes va publier des notes pour lutter contre la désinformation

Ces douze notes, qui reviendront par exemple sur les retraites ou la police, visent à lutter contre «les annonces caricaturales» et «la désinformation» durant la campagne.

Une vieille dame s’implique dans la campagne. Soucieux de lutter contre «les propos réducteurs», «les annonces caricaturales» et «la désinformation», le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, annonce au Parisien que son institution va publier douze notes, d’ici début décembre. Quatre d’entre elles seront publiées ce jeudi.

Ces documents porteront sur les grandes thématiques de l’élection, comme les retraites, la police, l’énergie ou l’industrie, et auront vocation à «porter à la connaissance des citoyens un certain nombre de diagnostics et de pistes». «On a plutôt besoin de vigies, d’éclaireurs, que de nouveaux dispensateurs de fantasme», se justifie Pierre Moscovici.

Sur les retraites, ainsi, l’ancien commissaire européen rappelle que les finances de la France vont sortir exsangue de la crise sanitaire. «Une réforme est incontournable», juge-t-il, quelle qu’en soit sa forme, mais elle devra être concertée, étalée dans le temps et «prend en compte des logiques d’équité». Le climat social particulièrement tendu ne doit pas être un prétexte pour éviter de toucher à ce dossier explosif, avertit le représentant, qui appelle à ne pas rester dans «l’immobilisme».

«Illusion sympathique»

Le premier président de la Cour appelle les candidats à la prudence et à la modération. La piste d’un effacement de la dette Covid, portée notamment à gauche, est «une illusion sympathique», balaie Pierre Moscovici, pour qui cela «n’arrivera pas». De même, l’idée selon laquelle l’État peut dépenser sans compter doit aussi être battue en brèche : «On ne peut pas accumuler uniquement des dépenses. Elles peuvent être financées par plus de recettes, mais je ne crois pas à l’augmentation des prélèvements obligatoires […]. La démagogie générale serait une impasse», sanctionne-t-il. Il suggère donc aux prétendants à l’Élysée de «dire la vérité», notamment sur l’inévitable remboursement de la dette faramineuse de l’Hexagone.

Pierre Moscovici avait déjà appelé à agir contre l’endettement de la France : «Nous devons nous astreindre à une politique de finances publiques plus vigilante que d’autres. En particulier, la situation de notre dette implique une action résolue et forte: c’est un impératif de souveraineté pour la France et de stabilité pour la zone euro. Nous ne pouvons pas faire le pari que les taux d’intérêt bas, seuls, permettraient de rendre pour l’éternité notre dette indolore», mettait-il en garde dans nos colonnes en juin. Fin septembre, l’ancien premier ministre Edouard Philippe avait lui aussi regretté «qu’aucun prétendant [à l’Élysée] ne semble s’emparer de cette question du désendettement de la France». Un sujet qui doit pourtant être «pris à bras-le-corps», et traité en urgence, avertissait le maire du Havre.

Le Haut conseil aux finances publiques sera saisi la semaine prochaine par le gouvernement sur son projet de loi de finances pour 2022, précise également son premier président. S’il avait refusé de s’exprimer il y a quelques semaines sur le budget pour l’année à venir, jugeant qu’il ne pouvait rendre d’avis éclairé en l’absence de nombreux éléments – dont le plan d’investissement France 2030 -, il devrait, cette fois, «délibérer rapidement et de façon informée sur le déficit», rassure Pierre Moscovici.

Sarah Knafo et Marie-Claire Carrère-Gée écartées de la Cour le temps de la campagne

Conseillère d’Eric Zemmour, Sarah Knafo a été «incitée» par Pierre Moscovici de se mettre en disponibilité de la Cour des comptes, note le premier président, qui cite également le cas de Marie-Claire Carrère-Gée, la directrice de campagne du candidat à l’investiture LR, Michel Barnier. «Dès lors qu’un membre de la Cour des comptes aura une fonction ostensible, visible ou officielle dans une campagne, il doit demander sa mise en disponibilité», souligne le représentant. Un moyen d’éviter que l’institution ne soit soupçonnée de «travailler simultanément pour la République et pour telle ou telle cause politique».