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mardi, septembre 27, 2022

«A Tokyo, c’est un rêve qui est devenu réalité»

LA VIE APRÈS LES JEUX. Champion olympique avec l’équipe de France de handball à Tokyo, le Montpelliérain n’entend cependant pas «se tourner les pouces pendant trois ans», jusqu’à Paris 2024.

MAKING-OF. Pour certains sportifs, la voie du succès s’apparente à une belle et longue ligne droite. Sur une route sans aspérité. Pour d’autres en revanche, elle s’avère plus tortueuse, cabossée. Tel est le cas d’Hugo Descat. Présent en sélection nationale de jeunes dès l’âge de 14 ans, le joueur formé à l’US Créteil est immédiatement promis à un grand avenir au poste d’ailier gauche. Jusqu’à la rupture avec son club formateur et son départ, en catimini, pour le Dinamo Bucarest. À presque 27 ans, sa carrière internationale s’apparentait à une voie de garage. Jusqu’à son rebond à Montpellier un an avant les Jeux de Tokyo, dont il ne remerciera jamais assez qu’ils aient été repoussés d’un an. Dans la capitale nippone, Descat brille de mille feux, au point de tout rafler, or olympique et titre de meilleur ailier gauche de la compétition. Deux mois après, rencontre avec un sportif plus mûr et apaisé.

Hugo, comment allez-vous, un peu plus de deux mois après ce sacre olympique à Tokyo contre le Danemark en finale ?
Hugo Descat : Je vais bien, merci. Je suis rentré dans la nuit de mercredi à jeudi d’un déplacement à Skopje en Ligue des champions qui s’est très bien passé (victoire de Montpellier 31-25 en Macédoine) et demain (samedi), un match important nous attend contre Dunkerque.

La reprise a-t-elle été facile pour vous après un été si fort en émotions ?
Physiquement, honnêtement, cela allait. C’est plus mentalement que cela a été plus dur. Il a fallu switcher rapidement d’un immense bonheur à un retour au quotidien. Mais cela a été.

Ce titre ne change rien au fait que je peux être très bon sur certains matches, et nettement moins bon sur d’autres.

Hugo Descat

Certains volleyeurs nous confiaient récemment ne pas réaliser qu’ils sont champions olympiques ? Vous, le réalisez-vous ?
Oui, je l’ai bien réalisé avec tout l’engouement qu’il y a eu derrière, à notre retour en France. C’est vrai que sur le moment, lors des 3 ou 4 premiers jours, je ne réalisais pas tellement. Il y avait de la joie, bien sûr, mais je ne mesurais pas pleinement ce que cela représentait.

Le Hugo d’aujourd’hui est-il différent du Hugo d’avant-Tokyo ?
Non, c’est le même, sauf qu’il a une médaille d’or autour du cou en plus (rires).

Hugo Descat Panoramic

Cela vous donne-t-il plus de confiance en vous ?
Je ne dirais pas que c’est une question de confiance, mais plutôt de fierté. Les Jeux olympiques, c’est le top, c’est la compétition la plus suivie par les Français et c’était incroyable de voir à quel point nous avons été suivis match après match. Même si on était loin, on se sentait pousser pour aller décrocher ce titre et le fait d’y être arrivé, c’est une vraie fierté.

De la fierté, mais aussi peut-être une pression supplémentaire avec un nouveau statut à assumer ?
Non, pas du tout. Ce serait un piège que de vouloir surjouer, surperformer. Ce titre ne change rien au fait que je peux être très bon sur certains matches, et nettement moins bon sur d’autres. Ce n’est pas parce que j’ai décroché cette médaille d’or que je n’ai plus le droit à l’erreur. Bien sûr, il y a des gens qui penseront toujours qu’en tant que champion olympique, on doit être exceptionnel à chaque match, comme s’il s’agissait d’un devoir. Mais cela reste du sport. Un grand joueur peut passer au travers, comme un joueur plus modeste peut être exceptionnel sur un match. Donc je ne me mets pas plus de pression que cela et je m’efforce de rester moi-même le plus possible.

Financièrement, certes, on a eu une très belle prime, mais on ne peut pas dire que cela a changé ma vie. Je n’ai pas gagné au Loto.

Hugo Descat

Ce titre olympique a-t-il changé votre vie sur le plan financier ?
Il a changé ma vie au sens où je suis rentré dans le cercle fermé des médaillés d’or olympiques français, qui est la plus belle distinction pour un sportif. Financièrement, certes, on a eu une très belle prime (65.000 euros), mais on ne peut pas dire que cela a changé ma vie. Je n’ai pas gagné au Loto (rires).

En termes de contrat, cela peut-il se négocier, ce statut de champion olympique en titre ?
C’est surtout le fait d’évoluer en équipe de France qui est un gros plus. Maintenant, j’ai un contrat qui court avec Montpellier et il n’a pas été question de le renégocier. Quand mon contrat arrivera à échéance, je pourrais mieux vous répondre (sourire).

Il y a aussi le fait d’avoir été élu meilleur ailier gauche de la compétition…
Oui, c’est une fierté supplémentaire. J’avais toujours rêvé de vivre une telle compétition en équipe de France, et quitte à rêver, je me disais : pourquoi pas être aussi élu meilleur joueur à mon poste ? Dans ma tête, je me disais que c’était possible, même quand je n’étais pas en sélection. Et puis voilà, à Tokyo, j’ai eu les deux et c’est un rêve qui est devenu réalité.

Avez-vous eu peur, à un moment donné de votre carrière, que ce rêve ne se réalise jamais ?
C’est sûr que lorsque je suis parti en Roumanie, tout est devenu plus compliqué dans ma tête. À ce moment-là, même si je n’avais pas renoncé à accomplir mon rêve, il était évident que je mettais l’équipe de France un peu de côté. Mais à partir du moment où Patrice (Canayer, l’entraîneur de Montpellier), est venu me chercher au Dinamo Bucarest, tout de suite je me suis dit que tout redevenait possible.

Pour quelles raisons êtes-vous parti en Roumanie ?
Parce qu’avec Créteil, il fallait que l’aventure s’arrête. Cela ne se passait pas bien avec le nouvel entraîneur, Christophe Mazel, et concrètement avec Kamel Remili, le manager général du club, il était clair qu’il était mieux pour ma carrière que je change de club. J’ai fait le choix de ne pas resigner à Créteil. Mais derrière, je n’ai pas reçu de bonnes propositions en France car je ne voulais plus jouer dans un club luttant seulement pour son maintien. Je voulais essayer de jouer la Coupe d’Europe le plus possible. Hélas, je n’ai pas eu beaucoup d’offres intéressantes, si ce n’est celle de Bucarest qui disputait la Ligue des champions. Donc j’ai pris le risque d’aller vraiment à l’étranger, et pas en Allemagne.

Cette expérience vous a-t-elle fait mûrir ?
Oui, forcément, cela m’a fait grandir sur le plan handball, mais aussi dans ma vie de tous les jours.

Vous savez, quand vous revenez de loin, vous n’êtes plus là à vous poser des questions.

Hugo Descat

Néanmoins, sans Montpellier, vous n’auriez sans doute pas été à Tokyo…
C’est clair. Je savais en signant là-bas que j’aurais ma chance de prouver ce que je sais faire. Comme je n’avais signé d’abord que pour un an, je savais cependant que je n’aurais pas le droit à l’erreur. Soit je réalisais une très belle saison, et mon horizon s’éclaircissait, soit je n’y arrivais pas et… Mais il ne fallait pas que je me laisse envahir par le stress car j’avais la conviction que je pouvais réussir. C’est ce qui s’est passé, ce qui m’a permis de signer un nouveau contrat de trois ans et d’avoir ma chance en équipe de France. Sur ce plan-là aussi, je suis très fier de moi.

Hugo Descat dans ses œuvres Panoramic

Et en équipe de France, vous vous êtes imposé très vite. On aurait pu imaginer que vous alliez tâtonner un peu au début, mais cela n’a pas été le cas…
Oui, c’est vrai que tout a été très vite. Mais vous savez, quand vous revenez de loin, vous n’êtes plus là à vous poser des questions. En signant à Montpellier, j’ai senti que c’était mon moment, celui que j’avais tant attendu et je ne pouvais pas le louper. Ensuite, j’ai sans doute eu aussi une part de réussite parfois, je ne vais pas me mentir. Mais vraiment, il ne fallait pas que je réfléchisse à tout ça, en me disant que j’étais parti de là et que j’arrivais ici. Simplement, je ne suis jamais satisfait de ce que je fais. C’est souvent chiant pour mes proches d’ailleurs. À Tokyo, j’ai été élu meilleur ailier gauche mais cela ne signifie pas que je vais me tourner les pouces pendant trois ans. Non, je veux être à fond tout le temps.

Vous ne vous sentez pas installé en équipe de France…
Installé, c’est un grand mot. Tout peut aller très vite dans le sport, surtout en handball avec tous les très bons joueurs qu’il y a en France. Regardez à quel point cela a été vite pour moi. Demain, cela peut être un autre. Maintenant, quand même, l’équipe de France qui a gagné les JO a démontré sa force et j’en faisais partie. Donc quelque part, même si je ne suis pas installé, j’ai un peu de crédit. Je ne pense pas que je vais disparaître des listes soudainement. Si je ne suis pas bon, oui, je disparaîtrais. Mais si je me maintiens à un bon niveau ou mieux, que je progresse encore, je devrais toujours avoir ma chance.